Un vrai conte de Noël

par

Jean-Paul Didierlaurent

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Petit mot pour Plumes d'Azur et Carqueiranne

Construire une planète, avec son propre climat, ses propres couleurs, ses sons et ses odeurs. Tirer du néant des êtres de chair et les regarder se débattre au milieu de la petite vie que vous leur avez concoctée. Dieu paraît-il l'aurait fait en 7 jours. Et sans avoir à respecter aucune consigne particulière. Pour le concours de Plumes d'azur, vous disposez de seulement 6 petites pages format A4 et de 15 000 signes maximums.

D'abord, planter le décor. C'est l'été. Juillet. Il fait chaud. Non, très chaud. L'adjonction de ce simple petit adverbe a fait grimper le thermomètre de dix degrés. Vous déroulez un large trottoir que vous saupoudrez de bouquinistes. Noircissez le tout d'une foule de passants assommés de chaleur. En contrebas, la Seine et ses eaux teintées d'argent, avec en fond d'écran, les tours de notre Dame. Pour l'odeur, macadam brûlant, papiers gras et gaz d'échappements. Un petit soupçon de vanille peut-être, provenant du marchand de gaufres que vous venez de faire jaillir au coin de l'avenue. Non, pas la peine de consommer trop de signes inutilement. Le marchand de gaufres a disparu, mort avant même d'avoir existé. Il reviendra une autre fois, peut-être dans une autre histoire. Bon, il est temps de s'occuper du héros. Ce sera un homme. Un homme vieux, grand et maigre. Non, pas grand. Ni maigre d'ailleurs. Petit et un peu râblé. Le pauvre vient de gagner en kilos ce qu'il vient de perdre en centimètres. Il aurait pu être russe ou auvergnat, s'appeler Igor Kranizewski ou Gaston Broussard mais vous le voulez Italien. Ce sera Giuseppe Carminetti. Votre imagination vient d'accoucher d'un beau bébé de 78 ans qui semblait vous attendre douillettement tapi dans le fond de votre tête depuis toujours. Ça y est, il est là, remontant le trottoir de son pas pressé. Quelques cliquetis de clavier plus loin, le voilà manchot. Un vieil estropié en quête de son membre fantôme. L'histoire est en marche. Bientôt, vous ne savez plus très bien qui, de ce brave Giuseppe ou de vous-même, mène la danse. Il vous harcèle, vient vous trouver parfois en plein coeur de la nuit et vous tapote amicalement l'épaule de son bras valide, comme s'il avait peur d'être oublié. C'est qu'il veut aller au bout de son histoire, Giuseppe.

Enfin, arrive ce moment magique où vous posez le dernier mot. Comme un mot d'adieu à ce drôle de vieux bonhomme qui vous a accompagné, ligne après ligne, le temps d'une nouvelle. Ce dernier mot, vous le tapez sur le clavier avec cette étrange impression de refermer une porte sur une pièce remplie de souvenirs. 

Alors, après avoir lu une énième fois cette histoire qui ne vous appartient déjà plus, vous glissez les quelques feuillets dans la grande enveloppe de papier kraft. Un dernier doute vous assaille au moment de rédiger l'adresse : Carqueiranne, ça prend un n ou deux n ? Tiens, vous n'aviez pas remarqué, mais toutes les lettres du mot ECRIRE se trouvent dans CARQUEIRANNE ! Il ne doit pas en exister tant que ça, des villes qui contiennent en leur sein le verbe écrire.

Ça y est. La grosse boite jaune de La Poste a avalé votre nouvelle. Les jours, les semaines passent. Vous vous coulez dans l'attente du résultat comme dans un bon bain tiède, avec ces agréables frissons d'espoirs, ces petits rêves de succès qui viennent vous aciduler la vie. Lumière ou ténèbres ? Lauriers ou orties ? La réponse vous tombe dans l'oreille un soir de novembre. Ce sera 'Lumière'. On vous a aimé. Un peu, beaucoup, à la folie. Vous ne le savez pas encore. Peu importe. Votre nouvelle vous revient, belle comme une nouvelle planète, gonflée de tous ses regards qui l'ont parcourue.

Je tenais à remercier ce soir de tout cœur Plumes d'azur et la ville de Carqueiranne pour tout le bien qu'ils font au monde de la nouvelle et aux petits faiseurs d'histoires que nous sommes, le jury pour avoir eu la patience de nous lire et je conclurai en citant ces quelques mots de Stephen King : Parfois, les histoires réclament à grands cris d'être écrites. De tels grands cris qu'on est obligé de s'y mettre, rien que pour les faire taire ! Merci.

Jean-Paul DIDIERLAURENT

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N’est-ce pas ce que l’on appelle : « Un petit bonheur »

Merci Jean‑Paul

Nicole

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